Les vélos électriques pour la ville et la randonnée sont de mieux en mieux acceptés du grand public, mais qu’en est-il des VTT électriques ? Rien n’est moins sûr…

 

Si vous souhaitez mettre un peu d’ambiance dans une salle remplie de cyclistes fatigués, demandez-leur ce qu’ils pensent des VTT électriques… Mais préparez-vous à une discussion très animée qui pourrait vite s’enflammer.

C’est exactement ce qui s’est passé dans notre agence de circuits et voyages à vélo. L’un de nos guides VTT chevronné s’est rendu à un festival de vélo et a eu l’occasion d’essayer un VTT électrique Enduro haut de gamme sur les pistes très sinueuses du Lac de Garde. Une fois de retour, il n’a pas manqué de nous faire part de son enthousiasme, ce qui lui a valu de récolter un certain nombre de commentaires de notre part, ainsi que quelques noms d’oiseaux que la décence m’interdit d’évoquer ici. C’était il y a trois ans. Trois petites années qui peuvent sembler courtes, mais qui sont en fait une longue période dans un secteur qui évolue à la vitesse de la lumière.

 

 

Concentré dans la descente sur un Merida eONE-SIXTY
Merida eONE-SIXTY

 

De nature curieuse, j’aime les changements et j’adore les nouveautés. Les spécialistes du marketing appellent des gens comme moi des « early adopters ». Mais pour être honnête, je continue d’être assez sceptique à propos des VTT électriques. En fait, cela fait plus d’un an que j’attends pour rédiger cet article, parce que je souhaitais avoir le temps d’y voir plus clair. Mais comme ce n’est pas encore le cas, j’ai décidé d’adopter une approche différente et de partager avec vous une série de notes, de réflexions, d’observations et d’expériences vécues au cours des dernières années dans le secteur du vélo.

 

 

Les VTT électriques, un phénomène d’aujourd’hui

 

Avant tout, les VTT électriques existent, qu’on le veuille ou non. Ils existent parce que l’industrie du vélo le veut bien. Les fabricants investissent d’ailleurs des sommes exorbitantes pour les promouvoir. Le marché est complètement nouveau. Les opportunités de vente fleurissent. Une véritable poule aux œufs d’or après les roues 27,5 et 29 pouces. Les pro du VTT devraient de temps à autre enfourcher un VTT électrique. L’idée ? Convaincre les gens ordinaires que si les VTTistes de haut niveau acceptent l’électrique, alors eux aussi peuvent sauter le pas. Il n’y a pas de honte à avoir.

Soyons intelligents. Acceptons l’avènement de l’électrique et essayons de gérer la situation au mieux. Essayons de la contrôler et de trouver un terrain d’entente entre les VTTistes traditionnels et les adeptes de l’électrique.

 

 

Merida eBIG.SEVEN
Merida eBIG.SEVEN

 

 

Les VTT électriques sont-ils performants et ont-ils assez d’autonomie ?

 

Ils sont super. Le secteur, qui investit beaucoup dans la recherche et le développement, fait des pas de géant. Les batteries sont devenues très puissantes et s’intègrent si bien aux modèles les plus coûteux que, même si le vélo est très lourd, la descente reste un plaisir. Il y a quelques années, un vélo performant coûtait entre 6 000 et 8 000 euros. Il vous en coûtera aujourd’hui la moitié moins. Les batteries s’améliorent de jour en jour. La 500 Wh 13.8 Ah par exemple, dure assez longtemps pour vous permettre de profiter d’une belle sortie.

Bien sûr, vous devez rouler intelligemment et utiliser le moteur à bon escient. Par ailleurs, les temps de charge s’améliorent pour certains modèles. Vous pouvez par exemple charger jusqu’à 60 % de leur capacité totale en environ 1 heure ou une heure et demie. Il vous suffit d’emporter le chargeur avec vous (il est bien plus léger qu’une batterie de rechange) et de le brancher pendant que vous êtes en train de manger. De cette façon, j’ai pu parcourir plus de 100 km avec plus de 1000 mètres de dénivelé positif sur l’un de nos Giant Stance. Pas mal, hein ?

 

 

Des vélos électriques à la place des navettes

 

J’aime souvent me rendre à Finale Ligure, l’une des destinations les plus prisées au monde pour la pratique du VTT Enduro. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, la ville est située dans une région d’Italie coincée entre mer et montagne. Des villages perchés au sommet des collines ou sur les falaises y surplombent la mer. Le lieu offre de nombreux sentiers escarpés dans des zones isolées, uniquement accessibles par de petites routes goudronnées et des pentes raides.

Ces dernières années, ces petites routes ont été très fréquentées par de nombreuses navettes permettant aux cyclistes d’accéder au sommet des collines. Récemment, un certain nombre d’entreprises de VTT locales ont décidé de proposer des VTT électriques afin d’éviter l’utilisation de navettes. Une initiative intelligente qui ne manquera certainement pas de plaire aux résidents locaux ! Mon ami Nicola de MTB Guide Finale explique ici pourquoi il pense que les VTT électriques à Finale sont une excellente idée.

 

 

Ducati MIG-RR
Ducati MIG-RR.

 

 

Les vélos électriques sont-ils écolo ?

 

Les vélos ont toujours été le moyen le plus propre de se déplacer. Ils ne consomment pas d’essence et vous pouvez les garder pour toujours si vous le souhaitez. Mais il est vrai que si le monde entier optait pour un vélo électrique, nous aurions des millions de batteries à gérer.

En fait, après un certain nombre de charges, la batterie perd 50 % de sa puissance. Cela signifie qu’après quelques années, la batterie doit être remplacée. Mais que faire de l’ancienne ? Je pense qu’il s’agit-là d’une question délicate et c’est ce qui me dérange le plus à ce propos. Les batteries de voiture doivent être mises au rebut dans un centre de recyclage de batteries ou dans un magasin de pièces détachées automobiles local. J’espère que les fabricants et les vendeurs de vélos aideront leurs clients à résoudre cette question, au risque de la voir devenir un réel problème.

 

 

Les VTT électriques peuvent-ils emprunter les mêmes pistes que les VTT normaux ?

 

Un VTT électrique peut parcourir les mêmes pistes qu’un VTT ordinaire, sauf indication contraire. Mais c’est sans compter le sentiment de rancœur et d’aversion qui s’est enraciné chez les VTTistes classiques, qui ne voient pas les adeptes de l’électrique d’un bon œil. J’ai eu la chance de parler avec beaucoup d’entre eux et d’en apprendre davantage sur leurs motivations. Mais ma plus grande crainte est de voir débouler de plus en plus de VTTistes peu habiles, qui ne se seraient pas aventurés sur certains sentiers sans l’électrique, et qui les détruisent du fait de leur manque de savoir-faire.

 

Les Bike parks et les responsables de pistes se préparent à l’avènement de l’électrique en proposant des pistes, et surtout des montées séparées (montées que l’électrique rend d’ailleurs vraiment cool !) Mais sur pistes naturelles, je ne vois pas de solution immédiate, si ce n’est l’usage du bon sens. Les adeptes de l’électrique doivent respecter les autres cyclistes et comprendre qu’on met du temps à s’habituer aux nouveautés. C’est un peu comme les skieurs et les snowboarders. En tant d’adepte du snowboard, je me souviens encore des regards noirs pendant que nous faisions la queue aux télécabines dans les années 90.

 

 

Merida eONE-TWENTY
Merida eONE-TWENTY.

 

 

Les VTT et vélos électriques au service du tourisme

 

Mon premier essai a vraiment été une surprise. En faisant le test sur l’un de nos circuits de VTT les plus difficiles, je pensais que je n’allais pas vraiment mouiller le maillot, mais au final, ce fut bien différent de ce que je croyais. Grâce aux VTT électriques, nous avons pu parcourir tous les sentiers disponibles (ce qui n’est normalement pas possible en une seule fois). Et mon niveau de fatigue était comparable à celui d’une sortie sur un vélo normal.

En fait, sur un VTT électrique, si vous souhaitez aller loin, mieux vaut pédaler et utiliser la batterie de manière intelligente, c’est-à-dire ne pas l’utiliser à sa puissance maximale tout le temps. Au final, dans la plupart des cas, il est impossible de tricher. L’électrique permet de faire des sorties plus longues et de pratiquer avec tout autant de plaisir.

 

 

Des trajets sympa

 

Prague est une ville très vallonnée connaissant un grand nombre de problèmes de circulation. Les vélos électriques apportent ici une bonne solution. Personnellement, je conduis mon enfant à l’école tous les jours. Après cela, je me rends à BIKO, notre magasin, où je travaille comme guide à vélo. Certains de nos clients ont plutôt la pêche et ce n’est pas tous les jours facile. Dans mon cas, je pourrais utiliser un VTT électrique pour me rendre à l’école, puis profiter de superbes sentiers sur le chemin menant à BIKO (j’adore aller travailler en sillonnant une si belle nature !) Ainsi, j’arriverais en forme pour le travail.

 

 

Orbea e-MTB
Orbea e-MTB.

 

 

25 km/h

 

Les vélos électriques sont limités à 25 km par heure dans l’UE. 25 km/h, ce n’est pas beaucoup. En effet, à la vitesse maximale autorisée, le moteur s’arrête automatiquement et vous subissez une perte de puissance. Au début, je pensais que c’était une mauvaise chose. Mais à vrai dire, je vois tous les jours sur les principales pistes cyclables de Prague des personnes qui ont modifié leur vélo et qui vont plus vite… trop vite. Les vélos électriques étant beaucoup plus lourds, ils mettent plus de temps à s’arrêter et font plus de casse en cas de collision avec des personnes. En fin de compte, je comprends pourquoi l’UE a pris une telle décision (même si 30 km / heure serait bien mieux et pourrait convenir à tout le monde).

 

 

Au final …

 

Je dois avouer que j’aime bien les vélos électriques en général. Je pense qu’ils donnent une chance à des personnes moins aguerries d’apprécier la nature et de s’entraîner, et qu’ils procurent en général de nombreux avantages. Encore une fois, tout est question de bon sens. Tout cycliste doit respecter l’autre. Et comme le dit la devise d’Endura, « Toutes les tribus. Un clan ».

 

 

Par : Filippo Mari