Ouvre Strava, ou la fiche d'un coureur sur le Tour de France : les mêmes villes reviennent en boucle. Nice, Monaco, Gérone, l'Andorre. Comme si le peloton WorldTour s'était donné rendez-vous sur un territoire minuscule. Monaco ne mesure d'ailleurs qu'environ 2 km², mais elle abrite plusieurs têtes d'affiche, Tadej Pogačar en tête.
Alors, où vivent les cyclistes pros, et surtout pourquoi là ? La réponse ne se résume ni aux gros contrats ni aux impôts. Quoique... Elle mêle aussi météo, dénivelé, logistique d'aéroport et esprit de communauté.
Dans cet article, on détaille les atouts et les limites de chaque base, puis on t'aide à choisir où poser tes roues, que tu rêves du WorldTour ou de belles sorties du dimanche.
Sommaire
Gérone : pourquoi est-elle devenue la capitale cosmopolite du vélo ?
Nice et la Côte d'Azur : l'équilibre entre mer et montagne
Monaco : pourquoi les têtes d'affiche s'y installent
Andorre : l'altitude à domicile
Comment les pros rejoignent-ils les courses depuis chaque base ?
Quelles alternatives pour ceux qui ne déménagent pas ?
Quelle base choisir selon ton profil de cycliste ?
Gérone : pourquoi est-elle devenue la capitale cosmopolite du vélo ?
Gérone attire les cyclistes pros grâce à un écosystème 100 % vélo, des routes calmes toute l'année et deux aéroports proches (Gérone-Costa Brava et Barcelone-El Prat). Il y a vingt ans, ce n'était qu'une jolie ville catalane parmi d'autres. Elle n'offre aucun avantage fiscal, mais sa communauté internationale compense. Voici ses atouts et ses limites.

Un écosystème 100 % vélo
Gérone concentre cafés cyclistes, ateliers de pointe et boutiques spécialisées à quelques rues les uns des autres. Les coureurs du monde entier s'y croisent et partagent les mêmes sorties. On y trouve surtout des Anglo-Saxons, des Américains, des Australiens et une importante colonie belge, venue pour la qualité de vie.
Un terrain de jeu et un climat idéaux
Entre la Costa Brava et les premiers contreforts pyrénéens, Gérone propose du plat, du vallonné et de la montagne sous un ciel souvent dégagé. Un réseau de petites routes calmes permet de varier les sorties sans jamais refaire le même parcours. C'est également devenu l'un des paradis du gravel. Et ce n'est pas un hasard si chaque année, de grands évènements vélo s'y déroulent comme The Traka ou la Sea Otter Europe.
Accessibilité, fiscalité et coût de la vie
Gérone dispose de son propre aéroport, et celui de Barcelone se trouve à environ 1 h 15 de route. En revanche, les coureurs y sont soumis au régime fiscal espagnol classique. Le succès de la ville a aussi fait grimper les loyers et le coût de la vie. Si tu vas à Gérone, tu croiseras forcément des cyclistes toutes les 5 minutes.

À Gérone, on comprend vite pourquoi autant de professionnels ont choisi de s’installer ici. Ce n’est pas seulement la météo ou la qualité des routes : c’est tout l’écosystème autour du vélo. Et ce que j’aime particulièrement, c’est qu’on peut vraiment alterner entre la route et le gravel. Un jour, partir sur les petites routes tranquilles autour de la ville pour travailler sur route, et le lendemain basculer sur des kilomètres de pistes, avec des parcours complètement différents. En quelques minutes, on sort de Gérone et on a accès à énormément de terrains de jeu. Et une fois la sortie terminée, on retrouve cette ambiance très particulière de la ville, avec beaucoup de cyclistes, des cafés, des restaurants, et toujours cette impression que le vélo fait naturellement partie du quotidien. C’est aussi pour ça que j’aime y revenir chaque année : on vient pour s’entraîner, mais on s’y sent aussi très vite chez soi.
Alice Puech — Capitaine Škoda We Love Cycling
Nice et la Côte d'Azur : l'équilibre entre mer et montagne
Nice est la valeur sûre du peloton : on part de la mer et on grimpe vers des cols de plus de 1 000 mètres sans prendre la voiture. Les pros s'y installent depuis des décennies pour ce relief et pour son aéroport international. Le prix à payer : une circulation dense, des impôts français classiques et un immobilier tendu.

Une topographie parfaite
Le col de la Madone, le col de Braus et le Turini permettent d'enchaîner le dénivelé positif directement depuis le garage. Pour un grimpeur, c'est un outil de travail parfait. Les sorties longues en montagne deviennent possibles toute l'année.
Une logistique aéroportuaire efficace
L'aéroport Nice-Côte d'Azur dessert directement la plupart des grandes villes européennes. Les coureurs rejoignent ainsi facilement les courses, sans longs transferts routiers ni correspondances compliquées.
Circulation et immobilier : les limites
Le bord de mer et les accès urbains sont souvent saturés. Les coureurs paient aussi les impôts français classiques, sur un marché immobilier très tendu. Ces contraintes pèsent surtout sur les jeunes pros aux revenus modestes.
Pourquoi des Bretons et des Normands s'y installent-ils ?
Plusieurs coureurs bretons ou normands (Kévin Vauquelin, Ewen Costiou, Maeva Squiban...) choisissent Nice et le reste de la Côte d'Azur pour fuir les hivers pluvieux du Nord-Ouest. Beaucoup de Tricolores préfèrent pourtant rester dans leur région d'origine. Ceux qui partent y gagnent la montagne toute l'année. Quelques coureurs étrangers y ont posé leurs valises également. C'est le cas de Neilson Powless ou de Matteo Jorgenson par exemple.

Monaco : pourquoi les têtes d'affiche s'y installent
Monaco abrite plusieurs stars du WorldTour, Tadej Pogačar en tête, surtout pour sa fiscalité et sa proximité avec les cols niçois. Elle offre aussi un cadre sécurisé et un réseau de haut niveau. En contrepartie, l'immobilier y est exorbitant et l'environnement ultra-urbain.

Une fiscalité attractive, sauf pour les Français
Monaco ne prélève pas d'impôt sur le revenu pour la plupart de ses résidents. C'est un argument de poids pour les plus gros contrats. Les ressortissants français font toutefois exception : ils restent imposés en France, ce qui explique en partie leur rareté sur le Rocher.
Un réseau de haut niveau et l'accès aux cols niçois
À Monaco, les coureurs s'entraînent ensemble et échangent sur la préparation, les trajets et le matériel. La Turbie, Èze et la Madone sont à portée de guidon. Tout l'arrière-pays des Alpes-Maritimes devient un terrain d'entraînement.
Tout le monde peut-il s'offrir Monaco ?
Non, tout le monde ne peut pas s'offrir Monaco : ranger cinq vélos et un home-trainer exige un budget colossal. Le peloton reste très hétérogène, entre les stars et les coureurs de développement. Pour comprendre ces écarts, lis notre article sur les salaires du peloton féminin et masculin.

Andorre : l'altitude à domicile
L'Andorre séduit les grimpeurs avec l'altitude au quotidien, des cols à perte de vue et un impôt sur le revenu plafonné à 10 %. On y retrouve beaucoup de grimpeurs espagnols ou de grandes stars du peloton comme Tom Pidcock, Sepp Kuss, Kasia Niewiadoma-Phinney, Pauline Ferrand-Prévot... Coincée entre la France et l'Espagne, la Principauté fait office de camp d'entraînement à domicile. Ses limites : un hiver rude et un aéroport international lointain.

L'altitude au quotidien et les cols
Selon les villages, on vit entre 1 000 et 2 000 mètres d'altitude, ce qui favorise l'acclimatation sans quitter son domicile. Les pourcentages pyrénéens commencent dès les premiers kilomètres. Le Port d'Envalira dépasse 2 400 mètres : c'est la route la plus haute des Pyrénées.
Une fiscalité plafonnée à 10 %
L'impôt sur le revenu andorran est plafonné à 10 %, ce qui séduit de nombreux sportifs professionnels. Les coureurs français qui touchent des gros salaires dans des équipes étrangères peuvent tirer profit de cet avantage. Les conditions de résidence restent strictes. Vérifie-les auprès du gouvernement andorran avant tout projet.
Hiver et isolement : les limites
Neige et gel bloquent certains cols pendant plusieurs mois, ce qui impose le home-trainer ou la descente en plaine. Le pays n'a pas le moindre aéroport sur son territoire. Les déplacements vers les courses demandent donc de l'organisation.

Comment les coureurs pros rejoignent-ils les courses depuis chaque base ?
Depuis Nice, Monaco ou Gérone, l'aéroport est proche ; depuis l'Andorre, il faut compter 2 h 30 à 3 h de route. Les coureurs andorrans rejoignent Toulouse-Blagnac ou Barcelone-El Prat.
Depuis l'Andorre : la route avant l'avion
Les équipes mettent souvent en place des navettes groupées avant les grands rendez-vous pour que les coureurs rejoignent l'aéroport le plus proche ensemble depuis l'Andorre. Bonne nouvelle pour eux : à partir du 1er janvier 2027, l'aéroport Andorre-La Seu d'Urgell, situé en Espagne proche de la frontière, va ouvrir des lignes régulières vers Paris-Orly, Madrid et Palma de Majorque. Ce qui facilitera sûrement les trajets des pros résidant dans la principauté.
Depuis Nice, Monaco et Gérone : l'avion à portée
Nice, Monaco et Gérone offrent un accès rapide à un aéroport. Nice-Côte d'Azur est à une trentaine de minutes de Monaco. Gérone possède son propre aéroport, et Barcelone reste accessible en voiture.
Quelles alternatives pour ceux qui ne déménagent pas ?
Beaucoup de pros restent dans leur pays et compensent l'hiver par des stages, notamment à Calpe en Espagne. Les Italiens restent attachés à leur terre, avec Saint-Marin comme option proche. Belges, Français et Espagnols, surtout basques, gardent leurs repères familiaux.
Les Italiens et Saint-Marin
Les coureurs italiens restent majoritairement attachés à leur pays, entre Dolomites, Apennins et Toscane. Pour s'éloigner un peu, la République de Saint-Marin, enclavée entre l'Émilie-Romagne et les Marches, offre un cadre vallonné sans l'altitude andorrane et quelques avantages fiscaux. Des coureurs comme Isaac del Toro, Letizia Paternoster ou Lorenzo Fortunato ont décidé de s'y installer.
Les irréductibles du « Home Sweet Home »
Beaucoup de Belges, de Français et d'Espagnols conservent leur domicile, notamment au Pays basque, très attaché à ses routes et à sa culture. Quand on connaît chaque virage de ses sorties, on gagne en sérénité.
Calpe : le stage d'hiver de référence
Calpe, sur la Costa Blanca, accueille chaque hiver des équipes professionnelles entières en stage. Pourquoi ce succès ?
des hôtels 100 % cyclist-friendly : buffets adaptés, ateliers vélo, salles de massage
des routes calmes et un relief varié
un fort ensoleillement en janvier et février
Mais toute l'année, tu peux aussi y croiser Mathieu van der Poel qui vient profiter de la météo pour s'entraîner.

Quelle base choisir selon ton profil de cycliste ?
Le bon choix dépend de ton objectif : altitude, communauté, équilibre mer-montagne, fiscalité ou simple stage hivernal. Ces deux tableaux t'aident à trancher.
Quel profil pour quelle base ?
Si tu es… | Base adaptée | Pourquoi ? |
|---|---|---|
Grimpeur qui veut de l'altitude | Andorre | Cols pyrénéens et acclimatation à domicile |
En quête d'une communauté internationale | Gérone | Écosystème vélo et routes calmes |
Attaché à l'équilibre mer-montagne et aux vols | Nice | Cols niçois et aéroport international |
À haut revenu et non français | Monaco | Fiscalité et réseau de pros |
Attaché à ton pays | Calpe | Soleil et hôtels dédiés en hiver |
Avantages et limites en un coup d'œil
Base | Atout n°1 | Limite principale | Accès aux courses |
|---|---|---|---|
Gérone | Écosystème vélo | Coût de la vie en hausse | Aéroport local, Barcelone à 1 h 15 |
Nice | Mer et cols | Circulation et immobilier | Aéroport international |
Monaco | Fiscalité | Immobilier exorbitant | Aéroport de Nice proche |
Andorre | Altitude | Hiver rude | 2 h 30 à 3 h de route |
FAQ : où vivent les cyclistes pros ?
Où vivent les cyclistes pros du peloton WorldTour ?
Les cyclistes pros vivent surtout à Nice, Monaco, Gérone et en Andorre, pour le climat, les cols, les aéroports et parfois la fiscalité.
Pourquoi les cyclistes pros habitent-ils à Monaco ?
Monaco ne prélève pas d'impôt sur le revenu pour la plupart de ses résidents, hors ressortissants français, et offre un accès direct aux cols niçois.
Pourquoi tant de cyclistes pros vivent-ils à Gérone ?
Gérone combine routes calmes, climat doux, communauté internationale de cyclistes et aéroport proche, malgré un coût de la vie en hausse.
Pourquoi un cycliste pro choisit-il de vivre en Andorre ?
L'Andorre offre l'altitude, des cols pyrénéens dès la sortie de chez soi et un impôt sur le revenu plafonné à 10 %.
Où les cyclistes pros s'entraînent-ils en hiver ?
Beaucoup de coureurs et d'équipes font leurs stages d'hiver sur la Costa Blanca, notamment à Calpe, pour le soleil et le relief varié.
Conclusion : à toi de choisir ton terrain d'exploration
Chaque coureur compose sa propre équation entre météo, dénivelé, fiscalité et logistique. Gérone offre l'écosystème, Nice l'équilibre mer-montagne, Monaco la fiscalité, l'Andorre l'altitude et Calpe le soleil d'hiver. Bonne nouvelle : tu n'as pas besoin de déménager pour vivre de superbes aventures à vélo.



