Le cyclisme féminin a connu une transformation remarquable au cours de la dernière décennie, notamment sur ses structures salariales. Mais 2026 marque une pause inattendue dans cette progression : pour la première fois depuis 2020, le salaire minimum du Women's WorldTour ne va pas augmenter. On fait le point sur les chiffres, les écarts qui persistent, et ce que cette pause révèle de l'état du sport.
L’introduction des salaires minimums et son impact
Avant 2020, aucune grille salariale n'était imposée dans le peloton féminin. Ainsi, de nombreuses cyclistes vivaient de primes, de sponsors personnels, ou exerçaient un second emploi. Cette précarité freinait la professionnalisation du sport.
Toutefois, l'instauration d'un salaire minimum obligatoire pour les équipes Women's WorldTour a marqué un tournant décisif dès 2020, où le seuil était fixé à 15 000 € par an pour les indépendantes et 26 849 € pour les salariées. Depuis, ces montants n'ont cessé d'augmenter, jusqu'à ce gel inédit en 2026.

Détail des revenus : combien gagnent réellement les cyclistes en 2026 ?
C'est la principale actualité de la saison : l'UCI a confirmé que les salaires minimums resteront figés au niveau de 2025 pour les équipes Women's WorldTour, UCI WorldTeams (hommes) et UCI ProTeams (hommes). Cette pause interrompt une série de hausses annuelles de 5 % actée fin 2023 dans l'accord conjoint entre le syndicat des coureurs (CPA) et l'association des équipes (AIGCP).
Seul le tout nouveau palier Women's ProTeams la deuxième division féminine créée en 2025 bénéficie d'une revalorisation :
2025 : 20 000 € / an minimum pour une cycliste salariée
2026 : 22 000 € / an
2027 (prévisionnel) : 24 000 € / an
Pour les cyclistes indépendantes (sous contrat de prestation) dépendantes de ce même palier ProTeams, le minimum grimpe à 36 080 € sauf pour une néo-pro (30 162 €) en 2026.
Ces chiffres restent des planchers : dans certaines ProTeams, les coureuses leaders peuvent tout de même dépasser les 100 000 € par an.

C'est quoi être indépendant(e) dans le vélo ?
Un(e) cycliste indépendant(e) est sous contrat de prestation, c'est pourquoi son revenu est plus élevé, mais il doit payer lui-même ses charges (cotisations, assurance, mutuelle, retraite...). Pour exercer sous ce statut, les athlètes sont obligé(e)s de créer un statut d'auto-entrepreneur, voire une société si leur salaire dépasse un certain seuil. Pour un(e) Français(e) indépendant(e) dans une équipe étrangère, la note peut être salée : entre les cotisations sociales, l'URSSAF, l'assurance, les mutuelles et les impôts, c'est près de 50 % du salaire qui part en charges. À cela s'ajoute parfois un coût supplémentaire : certaines équipes étrangères ne prennent pas en charge tous les frais liés aux déplacements entre les courses, qui restent alors à la charge du/de la cycliste.
C'est d'ailleurs pour cette raison que les plus gros salaires français choisissent de s'installer en Andorre, où seule la retraite reste à payer, le reste étant exonéré.
Être néo-pro dans le vélo, ça veut dire quoi ?
Un néo-pro désigne un(e) cycliste dans ses 2 premières saisons sous contrat WorldTeam ou ProTeam, âgé(e) de 25 ans ou moins pour les hommes et de moins de 23 ans pour les femmes.
Et les salaires minimums au niveau WordTour chez les femmes ?
En Women's WorldTour, les montants des salaires minimums ont été gelés en 2026. Ils varient toujours selon le statut :
Cycliste salariée : 38 000 € / an (ou 31 768 € / an pour une néo-pro)
Cycliste sous contrat de prestation (indépendante) : 62 320 € / an (ou 52 000 € / an pour une néo-pro)
À titre de comparaison, chez les hommes, le WorldTour reste également gelé en 2026 à 44 150 € / an pour un salarié (35 721 € pour un néo-pro), et jusqu'à 72 404 € / an pour un indépendant (58 582 € pour un néo-pro)

Le salaire moyen dans le WorldTour chez les femmes
En moyenne, une cycliste du Women’s WorldTour gagne entre 50 000 € et 60 000 € par an. Ce niveau reste encore bien en deçà du peloton masculin, mais représente une nette progression par rapport aux années précédentes.
Elles gagnent combien les coureuses du top 20 mondial ?
Celles qui se situent parmi les meilleures mondiales, sans être les stars les plus bankables, peuvent gagner entre 300 000 € et 900 000 € par an. On y retrouve des noms bien connus du peloton comme Kasia Niewiadoma, Lotte Kopecky, Elisa Longo-Borghini ou encore Lorena Wiebes, dont la régularité et les performances leur permettent d'obtenir des contrats parmi les plus valorisés du circuit. À titre de repère, les coureuses classées dans le top 5 mondial peuvent atteindre environ 800 000 € par an, tandis que celles du top 20 se situent plutôt entre 300 000 € et 500 000 €, à l'image de Juliette Berthet et Élise Chabbey.
Les stars du peloton féminin sont-elles bien payées ?
Au sommet de la hiérarchie, les grandes figures de la discipline rivalisent désormais avec les salaires masculins (pas avec Pogacar non plus). Le chiffre exact n'est pas connu mais on pourrait être sur un salaire à plus de 1 million d'euros pour une coureuse comme Demi Vollering. Ce qui ferait d'elle la cycliste la mieux payée de l'histoire. Une rumeur d'un salaire atteignant le million court également pour Paula Blasi. Une somme justifiée car l'Espagnole est une des stars montantes du cyclisme féminin après ses victoires sur les classiques et sur le Tour d'Espagne. Si on veut comparer avec les hommes, le salaire de Demi Vollering correspond à celui d'un coureur français, leader ou co-leader dans son équipe, capable de remporter des étapes sur les Grands Tours. Nous sommes encore loin des salaires des Tadej Pogacar ou Remco Evenepoel.

Comment ces salaires se comparent-ils à ceux du peloton masculin ?
Toutefois, les revenus féminins restent bien inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. À titre de comparaison, le salaire moyen d’un coureur WorldTour masculin s’élève à 501 000 € par an.
Les stars masculines, comme Tadej Pogačar ou Jonas Vingegaard, gagnent entre 8 et 12 millions d’euros par an. Même les équipiers masculins touchent souvent plus de 200 000 €, soit le double d’une équipière féminine.
Cette différence s’explique par la visibilité médiatique plus forte du cyclisme masculin. Elle attire plus de sponsors et augmente les budgets des équipes.

Le rôle du sponsoring et des primes de course
Comme dans d’autres disciplines, le sponsoring reste la principale source de financement des équipes. Contrairement aux sports basés sur la billetterie ou les droits TV, le cyclisme repose largement sur les partenariats de marque.
Heureusement, l’arrivée de grands sponsors dans le cyclisme féminin a contribué à l’amélioration des ressources. Toutefois, l’écart reste significatif. Les meilleures équipes féminines disposent de budgets annuels de 6 à 7 millions d’euros, contre plus de 40 millions d’euros pour les équipes masculines les plus puissantes.
Les disparités salariales ne s’arrêtent pas là. Elles se retrouvent également dans les primes de course. Par exemple, en 2026, le Tour de France Femmes avec Zwift propose une cagnotte de 265 000 €, dont 50 000 € pour la gagnante. Un événement qui ne cesse de prendre de l’ampleur d’année en année, comme nous l’expliquons plus en détail dans cet article dédié.
Cela marque un progrès important. Toutefois, la comparaison avec le Tour de France masculin, dont la dotation dépasse 2,5 millions d’euros, montre bien l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.
Et demain ? Le futur des salaires dans le cyclisme féminin
Malgré tout, l’évolution suit une trajectoire positive. Plusieurs leviers pourraient permettre de combler les écarts :
Croissance des sponsors
L’intérêt croissant des marques pour le cyclisme féminin pourrait permettre d’augmenter les budgets et les salaires.
Amélioration de la couverture médiatique
Plus de retransmissions TV ou en streaming pour les courses féminines pourraient élargir le public et stimuler les revenus.
Plafonnement des salaires et partage des revenus
Certains experts proposent d’instaurer des plafonds salariaux ou un modèle de redistribution pour créer un écosystème plus durable.

Une route prometteuse, mais encore inégale
En somme, le cyclisme féminin a franchi un cap important grâce à l’introduction des salaires minimums et à une professionnalisation accrue. Les conditions de travail sont bien meilleures qu’il y a dix ans.
Toutefois, les écarts avec le cyclisme masculin restent notables, en particulier au sommet. Car combler ces écarts nécessite une stratégie globale mêlant investissements, visibilité et équité.
Ainsi, la parité salariale dans le cyclisme ne relève plus du simple idéal. Elle devient un objectif réaliste, à condition de poursuivre sur cette lancée. La route est encore longue, si bien que chaque avancée compte plus que jamais.



